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01 · Empreinte

Mandombe, lukasa : la mémoire en signes

Bien avant l’archive numérique, l’Afrique centrale a conçu des dispositifs savants pour conserver et transmettre la mémoire. Des artistes contemporains les réinvestissent.

Documenter la création contemporaine, c’est aussi remonter ses généalogies. Certaines œuvres d’aujourd’hui ne se comprennent pleinement qu’à la lumière de systèmes de signes plus anciens, conçus pour fixer et transmettre la mémoire. Deux d’entre eux, nés en Afrique centrale, traversent la peinture de Benjamin Mbenga; le lukasa et l’écriture mandombe.

Le lukasa, une mémoire que l’on touche

Le lukasa est une planche mnémonique en bois associée au royaume luba, dans le sud-est de l’actuelle République démocratique du Congo. Sa surface porte des perles, des coquillages et des motifs incisés. Entre les mains des membres de l’association mbudye, formés à sa lecture, elle servait à remémorer des récits, des généalogies, des lieux et des listes de souverains. Chaque élément, par sa position et sa forme, renvoie à une information; la mémoire y est spatiale.

Le mandombe, une écriture du XXe siècle

Le mandombe est un système d’écriture apparu en 1978 en République démocratique du Congo, conçu par Wabeladio Payi. Fondé sur des formes géométriques, il sert à transcrire plusieurs langues congolaises et a été diffusé notamment par l’Église kimbanguiste. Il rappelle que l’invention graphique africaine n’appartient pas qu’au passé.

Dans ces œuvres, le signe s’archive.

Quand le signe devient peinture

Chez Benjamin Mbenga, ces systèmes structurent l’image. La géométrie de mémoire du lukasa et les signes du mandombe s’associent au portrait réaliste pour faire du visage une archive, un lieu où se négocient la souveraineté passée et l’urgence contemporaine. Sa série « Ancêtres Bibliothèque » le dit sans détour.

Cette démarche rejoint la vocation de la rubrique Empreinte, celle de suivre les archives, les généalogies plastiques et la documentation de la mémoire visuelle. Elle rappelle surtout que la modernité africaine ne se construit pas contre ses savoirs, mais avec eux.

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