Jessy Dunga : ce que l’on porte
Café, fusain, acrylique : dans la série « Porté », Jessy Dunga fait de la matière brute le siège des tensions politiques et environnementales du Congo contemporain. Lecture de deux œuvres.
Deux figures se tiennent la main, de profil, face à face. L’une porte un maillot rouge, l’autre un débardeur bleu et un pagne imprimé. Le fond est d’un bleu pâle, presque aérien. Mais les corps, eux, sont lourds; la peau est faite d’une matière sombre et dense, traversée de coulures et d’incisions, comme une terre craquelée. C’est l’une des toiles de la série « Porté » de Jessy Dunga.
Une peinture d’affrontement
Dunga travaille en technique mixte; café, fusain et acrylique sur toile. Le café, matière du quotidien et produit de la terre, donne aux chairs une profondeur brune et mate ; le fusain les creuse ; l’acrylique, réservée aux vêtements, éclate en couleurs franches. Entre la matière brute des corps et la vivacité des étoffes, la toile devient un champ de forces où la couleur lutte contre l’effacement.
Chaque toile opère comme une cartographie géologique et sociale où le corps humain et le paysage ne font qu’un.
Ce que je porte
Dans « Ce que je porte » (110 × 100 cm), une jeune figure se retourne vers nous, un sac au dos. Autour d’elle, des éclaboussures brunes constellent le fond blanc. Le titre déplace la question de ce que l’on porte, ce n’est pas qu’sac, c’est aussi une histoire, une charge, une responsabilité transmise. Le regard, frontal, refuse la pitié.
La résilience comme condition plastique
La pratique de Dunga refuse l’esthétisation passive de la crise. Elle l’inscrit dans la matière même, dans ces empâtements denses qui tiennent debout malgré les incisions. Les corps portent le paysage, et le paysage porte les corps.




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