Aller au contenu

04 · Figure

Eli Made, la lumière extirpée de l’obscurité

Sur textile noir, Eli Made ne peint pas : il retire. Portrait d’un artiste congolais qui a fait d’un procédé chimique domestique un outil d’une rigueur picturale absolue.

Œuvre de Eli Made
Eli Made, œuvre sur textile (titre à préciser).

La plupart des peintres ajoutent. Ils déposent la couleur, couche après couche, jusqu’à ce que l’image tienne. Eli Made procède à l’inverse. Son support est un textile noir ; son outil, un agent blanchissant. Là où il intervient, le pigment se retire et la figure émerge du fond obscur, comme une photographie qui se révélerait lentement.

Un procédé de révélation

Son langage plastique est fondé sur la soustraction de la couleur et l’oxydation de la matière. Le noir n’est pas un fond que l’on recouvre mais une réserve que l’on ouvre. Là où la fibre cède, apparaissent des tons cuivrés, ocre et ambrés, d’une chaleur inattendue. Visages de profil, chevelures fleuries, mains posées sur le visage, les figures semblent éclairées de l’intérieur.

La lumière n’est pas déposée sur la toile, mais extirpée de sa propre obscurité.

La précision du dessin, la vivacité du médium

Ce qui frappe d’abord, c’est la tenue du dessin. Le médium est vif et peu conventionnel ; il exige pourtant une rigueur absolue. Made transforme un geste du quotidien domestique en outil de précision et construit des compositions à haute densité visuelle, où chaque zone claire a été conquise sur le noir.

Cette économie renverse la hiérarchie habituelle de la peinture, le support devient alors la matière même de l’image. Le textile, matériau du vêtement et de l’intime, porte ici la mémoire des corps qu’il révèle.

De Kinshasa à Paris

En 2022, son travail figure dans EXPUNRDC, au Musée national de la RDC, à Kinshasa. Suivent, avec Angalia Gallery à Paris, Portraits ya Kongo en 2023, puis en 2024 l’AKAA Fair, Lille Art Up et Show, Memory and Soul. En 2025, MINDSPACE lui consacre une exposition personnelle à la galerie parisienne.

Reg’Art suit ce travail parce qu’il pose, avec une grande économie de moyens, une question centrale pour la création contemporaine africaine. Comment faire image à partir de ce qui est déjà là, la matière, le noir, la mémoire, plutôt que de le recouvrir ?

Cet article vous a plu ?

Commenter
Partager

Commentaires

Réagir à cet article

Aucun commentaire pour l’instant

Ouvrez la discussion : partagez votre lecture de l’article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les commentaires sont relus par la rédaction avant publication. Les champs marqués * sont obligatoires.

À lire aussi

Dans le magazine

Tous les articles

Appel à candidatures

Artistes, soumettez votre travail à la rédaction.

Pour soumettre votre travail à la rédaction : envoyez un dossier PDF comprenant 4 œuvres au plus (précisant titre, dimensions et médium), une biographie ainsi qu’un texte d’intention.